sur le thème "Remonter le Temps" Pierre a écrit :

Le TASSOU Eh oui ! c’est son nom ! il trône dans la vitrine du salon. Mon coup d’œil quotidien l’effleure.

Nos ancêtres, vignerons, décidèrent sa forme - petite tasse- d’où le mot de « tassou ». Il en faut douze pour remplir un « bousset » contenant un litre. Lorsqu’on le prend en main on découvre qu’il est en argent poinçonné et porte gravé le prénom, le nom de son propriétaire et l’adresse de sa cave.

Je suis un heureux papy. Enfant j’ai eu un pépé -vigneron- qui fut aussi mon parrain, ce qui fait qu’ayant hérité du tassou, je retrouve mon prénom et mon nom suivis d’une adresse de cave qui, hélas, n’abrite plus cuves et tonneaux. Je parle du joli vignoble qui entourait la ville d’Issoire et de sa notoriété.

Issoire, bon vin à boire

Belles filles à voir.

Le phylloxera, puceron maléfique, d’origine américaine, est venu à bout de ce vignoble ; quant aux belles filles… Merci mon Dieu !!! et aussi à elles !!! Je me souviens des dernières vendanges – j’avais huit ans . Comme à l’accoutumée on avait séparé les grappes : le Greffé et le Direct. Le Direct faisait l’ordinaire, le Greffé donnait le bon vin, celui que l’on conservait pour les dimanches et les grandes occasions. Il avait « bon goût » sentait le fruit et vieillissait bien.

Pour accéder à la cave, il y avait – et pépé n’était pas peu fier – des escaliers en ciment. Sur la gauche, un petit renfoncement sous le soupirail abritait deux « boussets » et, entre les deux, accroché à un piton le fameux tassou qui ne quittait jamais la cave. Servait-il ? De mes souvenirs d’enfant, les seules fois où je le voyais « en main » on goûtait le vin nouveau. Ils étaient toujours trois : Mon Pépé, tonton, mon papa. L’instant était solennel – Foin du Direct, mais le Greffé ! Pépé, le tassou en main, le humait, le lorgnait, le caressait de ses moustaches, vidait à terre quelques gouttes restantes et l’essuyait avec un linge…symbolique. Venait ensuite mon père suivi de mon oncle. J’ai toujours pensé à une complicité entre les deux frères leur permettant de comparer les années précédentes encore en fûts. Le tassou regagnait sa place.

On remontait ensuite deux bouteilles pour que « les femmes y goûtent ». Elles n’avaient pas droit au tassou – c’était en 1930. Les vignes ont disparu, mais les filles sont restées très belles !

Pierre Coudert Π Co

tassou